Echo du Domaine, décembre 2017 – Côté Cave

Chers amis bonjour,

En ce début décembre c’est l’heure du bilan de la récolte de septembre dernier; tout d’abord sur le plan administratif puisque nous devons remettre nos volumes au service des douanes qui sera la base de nos taxes sur l’alcool à payer; et sur le plan qualitatif car nous venons de finaliser nos assemblages après dégustation de nos 34 cuves de rosés et blancs.
Sur les volumes, après le gel d’avril, la sècheresse exceptionnelle de cette année et les inquiétudes que ces événements ont suscitées, nous sommes très contents d’obtenir un volume de récolte assez proche du millésime 2016 sur l’ensemble des cuvées que nous vous proposons; l’arrosage a été efficace !!
Et la qualité ? Chaque année, tous les vignerons de la terre disent « ce millésime est exceptionnel « .
Je vais essayer d’être honnête : ce millésime 2017 est exceptionnel !! Et ce n’est pas une blague ou une flatterie commerciale.
Tout d’abord, les conditions climatiques ont été très favorables : il a fait sec et chaud. Trop sec pour que ce soit qualitatif. Et oui, contrairement aux idées reçues, si la vigne manque trop d’eau elle est comme tout le monde, elle souffre et donc ses enfants les raisins aussi, mais comme nous irriguons, le dosage est contrôlé, et c’est parfait !
Ensuite, nous avons demandé les services d’un nouvel œnologue, le recul que celui-ci avait en arrivant nous a permis de modifier une succession de détails qui, au final, apportent une grande différence. Un exemple : nous avons séparé les premiers jus écoulés du pressoir des derniers, et avons mis en place une température de fermentation adaptée à chacun des deux.
Les vins rosés et blancs obtenus sont donc très expressifs avec une large palette aromatique même si nous constatons une dominante d’agrumes et fruits exotiques ; il nous a été très facile de trouver les cuves constituant « Rosalie » que nous recherchons sur ces profils.
Les acidités sont franches et apportent une belle fraîcheur, les volumes en bouche sont remarquables; les degrés alcooliques un poil élevés mais sans excès : autour de 13.
Bref nous serons très fiers de vous présenter la collection 2017 !!!
En parlant de collection, vu la qualité de cette année nous allons vous proposer une cuvée Rosalie « collection » qui sera élaborée sur les deux ou trois plus jolies cuves de l’assemblage de Rosalie et qui sera donc une cuvée limité; elle sera habillée par une superbe robe que nous vous dévoilerons lors de la soirée « découverte du millésime » au mois d’Avril.
A l’approche de cette fin d’année, je vous souhaite de passer de bonnes fêtes.
A bientôt

Serge

Echo du Domaine, novembre 2017 – Côté Cave

Chers amis bonjour,

Une des actualités agricoles du moment met en relief la molécule de désherbage glyphosate, j’aimerais apporter mon témoignage de paysan à ce sujet.
Au début des années 80, quand je me suis installé, la société Monsanto sortait son désherbant « roundup » (dont la substance active est le glyphosate). C’était la révolution dans le monde agricole : une molécule chimique propre (aucun résidu), sélective (on ne détruit que ce que l’on touche) et aucune herbe ne lui résistait et cela de manière définitive (fini le chiendent, ronce et autre cauchemar des cultivateurs). De plus, elle était sans danger pour la santé … Bref un produit alors très cher mais qui apportait au final des solutions économiques rentables à tel point que certains vignerons se sont mis à désherber chimiquement la surface totale de leurs parcelles. La SNCF s’est même mise à l’utiliser pour désherber ses voies, les collectivités faisaient les talus etc.…
Il y a quelques années la molécule est tombée dans le domaine public. Du coup, même si Monsanto continue à la produire de manière massive, d’autres fabricants peuvent le faire. Résultat, les prix du produit se sont effondrés et on retrouve du glyphosate en vente importante dans toutes les jardineries pour les particuliers.
En parallèle, il y a une dizaine d’années, les premières résistances apparaissent : des herbes créent des défenses à la molécule et les vignerons qui avaient opté pour un désherbage 100 % glyphosate commencent à réduire les zones d’application.
Puis arrivent les dérives… Monsanto crée une souche de soja génétiquement modifiée en y introduisant des gènes de pétunia qui résistent à la molécule de glyphosate.
Quelle application me diriez-vous ?
Il se trouve qu’au Brésil, pays grand producteur de soja (et ailleurs !), les paysans sèment cette culture de soja puis laissent tout pousser (plantes et toutes les herbes) et après quelques semaines de croissance pulvérisent du glyphosate sur la culture parfois par épandage aérien : tout est détruit sauf le soja !!
Vous allez dire c’est au Brésil donc c’est leur problème … sauf que depuis l’épizootie de la vache folle le seul apport protéique autorisé pour les volailles est végétal donc le soja. Résultat des courses des importations gigantesques de soja depuis le Brésil… pas génial…
Et puis voici que les laboratoires d’analyses savent maintenant retrouver les traces du glyphosate dans l’eau et dans nos organismes. Et malheureusement, ils en trouvent un peu de partout, certes à petite dose, mais tout de même.
Certains spécialistes disent que ce produit est suspecté d’être cancérigène, d’autres affirment le contraire, bref on ne sait plus que penser ; et il se parle d’interdiction. Certes, mais d’autres herbicides existent et ne sont pas menacés d’interdiction aujourd’hui alors qu’ils sont classés toxiques, le risque est donc de voir le glyphosate remplacé par « ??? ».
Les fabricants de matériel agricole ont bien compris les enjeux et sortent des matériels de plus en plus innovants pour permettre de travailler mécaniquement l’ensemble des parcelles de vigne avec une bonne compétitivité.
Chez nous à Terre de Mistral, nous avons dès la création du domaine eu l’envie et la démarche de prendre soin au maximum de notre environnement et de nos voisins. Par conséquent, nous avons adopté une agriculture en lutte raisonnée depuis vingt ans*. Mais au vu de tous les éléments que je viens de vous exposer, notre réflexion a évolué et nous avons finalement pris la décision d’abandonner totalement le désherbage chimique. Cette décision nous impose une modification mais le défit nous a semblé tout à fait accessible.
Il faut tout de même avoir conscience que pour bon nombre de paysans, un changement de pratique n’est pas simple, mais la prise de conscience collective est là et l’évolution ira certainement dans le bon sens.

Serge

*Lutte raisonnée : elle consiste à utiliser les produits chimiques à bon escient et en dernier recours. Autrement dit, le bon produit, la bonne dose avec le bon appareil au bon moment. Elle a donc pour effet de diminuer de manière significative l’utilisation des produits phytosanitaires.

Echo du Domaine, octobre 2017 – Côté Cave

Chers amis bonjour,
Les vendanges viennent de se terminer, à une date qui restera mémorable, puisque tous les raisins étaient en cave le 21 septembre : un record !
Le top départ reste battu par la récolte 2003 : le 27 Aout contre le 30 cette année à« Terre de Mistral ». Mais dans notre vallée certaines caves ont même démarré le 25 Août.
La cueillette a été facilitée par l’absence de pluie et des températures qui ont diminué à partir du 10 septembre. Avec une récolte de nuit, il était facile d’amener les raisins à 10 °C à leur arrivée au pressoir.
L’absence de pluie, parlons-en ! Si l’on considère qu’en dessous de 15 mm de précipitations ça ne compte pas, nous entrons dans le sixième mois sans eau. Cette situation a eu un impact significatif sur les volumes récoltés : sur les zones non irriguées de la Provence (ajoutées aux conséquences du gel) les déficits sont allés par endroit jusqu’à 50%. La moyenne du déficit provençal est estimée à 25%.
Tout l’arc méditerranéen est concerné par ce phénomène de sècheresse puisqu’en Languedoc le déficit est identique et en basse vallée du Rhône il est de 30%.
En fait, l’ensemble du vignoble des 3 grands producteurs européens (France-Italie-Espagne) ont été touché par le gel et la sècheresse avec une récolte historiquement basse. Si certaines régions espagnoles enregistrent des pertes de 50%, la moyenne Française est probablement la plus touchée puis que nous allons perdre notre position de deuxième producteur mondial derrière l’Italie et l’Espagne. N’oublions pas qu’il y a encore 3 ans nous étions le premier producteur mondial de vin depuis des décennies.
Revenons à la zone Ste Victoire et à notre domaine. La présence du canal de Provence a permis d’obtenir sur l’ensemble de la vallée une récolte correcte. Pour « Terre de Mistral » c’est le cas sur les coteaux, par contre les 11 ha d’IGP gelés le 29 avril n’ont pas produits plus de 30 % de leur potentiel, il y a même 2 Ha que nous n’avons pas vendangé; nous avons donc rentré un volume correct mais loin de ce que nous pourrions espérer ; le métier de paysan …
Les jus étaient très aromatiques et sucrés (potentiel de 13° d’alcool) et les levures qui ont démarré la fermentation il y a quelques jours sont en pleine forme !!! Nous baignons donc dans une atmosphère de travail unique puisqu’en fonction des lieux d’intervention de la cave nous sentons la fraise, l’agrume, la pêche ; il faut juste faire attention au dégagement de gaz carbonique qui lui est sans odeur(s) mais remplace l’oxygène … pas top pour une respiration de qualité !
Je vous rappelle que si vous voulez visiter la cave en vinification et goûter les mouts en fermentation avec leur léger pétillant et leurs arômes exubérants, Laura propose une formule sur rdv pour cela et vous êtes les bienvenus.
A très bientôt !!

Serge